Nadine Vergues

Textes

 

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Frontière, œuvre monumentale de Nadine Vergues, a une symbolique plurielle.
frontiereDe quelle frontière nous parle-t-elle ? Quelle est cette multitude ? Les êtres que l'on y voit tentent-ils de sortir, ou d'entrer ?
Sensible à l'autre, sensible aux autres, aux ailleurs, à l'écoute de l'effet produit à l'intérieur par ce qu'il se passe à l'extérieur, l'artiste aujourd'hui a plus que jamais besoin de s'exprimer.
Et face à l'ampleur de ce qui bouleverse le monde, l'œuvre aussi devient ample.
Signe que l'homme crée, parfois au nom du créateur, des problèmes qui le dépassent. Ainsi l' œuvre est plus grande que celui qui l'observe. La multitude est plus importante que l'individu. Plus importante ? A voir... Elle se compose d'êtres incomplets, informes, qui ne sont pas reconnus dans leur totalité, personnalités noyées dans la masse, une masse agglutinée que l'on voudrait contenir par-delà la frontière... mais quelle frontière ? Frontière géographique ? Frontière politique ? Frontière religieuse ? Frontière raciale ? Frontière sociale ? Quel sens cela peut-il bien avoir ? Regardez, de l'autre côté de la frontière, qu'y a-t-il ? Des visages qui nous font face, des regards qui nous interrogent, des êtres qui nous interpellent, des yeux qui nous regardent... Pouvons-nous les ignorer, leur tourner le dos, et repartir, oublieux de ce qui vit, de ce qui souffre, de ce qui nous appelle par-delà la frontière ? Impossible ! Il faudrait pour cela mettre une frontière dans notre âme humaine, mais l'âme humaine est Une, indivisible, commune à l'humanité entière. Et la conscience de cela élève cette âme partagée par la multitude, comme la multitude de l'œuvre de Nadine Vergues semble s'élever finalement vers le ciel, échappant par le haut, telle une bulle légère, à la lourdeur du destin.
Laetitia Crahay - 2016

 


 

Au commencement était l’enfance. Les dessins d’enfant : avec de grosses têtes rondes ou d’improbables parallélépipèdes, accolés à des corps déstructurés, membres inachevés, accrochés au hasard, jetés en mouvements dans un espace indéfini, où ils jouent avec les rêves.
Ainsi, des figurines de feutre, comme des dessins d’enfant.
Mais d’où vient alors ce sentiment de gravité qui saisit en les regardant ? Les enfants ont grandi. Ils sont devenus roi ou danseuse. Bien peu sourient. Certains ont pris clandestinement les armes contre le monde adulte. Résistance du silence : une, deux, trois femmes au fusil … Mais qui devinerait que cette chose sombre qui prolonge le corps en ligne droite, ou bien est serré raide entre les rondeurs des bras croisés, est une arme ? Nadine Vergues, avec son fin visage blond, sait-elle elle-même sa force, cette résistance à l’enfermement dans des classifications ? Elle qui, trahissant en secret la douceur féminine des tissus, s’est saisi du rude feutre industriel, l’a découpé et soudé au fer, troué au décapeur thermique.  Puis a fait fondre au fer à repasser le plastique coloré insoupçonnable- non-tissé, sacs de supermarché, tyvek- avec l’exactitude d’un coup de pinceau, mystifiant le regard qui croit voir partout la peinture qui n’est nulle part.  Enfin, avec une minutie de dentellière, elle a animé ces visages et ces corps, rebrodé à la main l’œil violet, le V souriant d’une bouche orangée, la coulure d’un si bel ocre rouge comme un tatouage ou une ombre qui glisserait du visage au long du corps. La lumière rasante dessine les reliefs des brûlures – ici comme des poils frisés dressés dans les tissus de laine brute, là, comme un vieux crépi qui s’effriterait – approfondit les couleurs dans les matières mêlées, feutre et fils brodés en vagues de pointillés minuscules, en croix, en longs points droits … Toutes choses qui font dures et douces, matérielles et abstraites, les figures échappées de l’enfance.
Le fondu et le rugueux, le féminin et le masculin. Figures énigmatiques des contraires, quelque chose en éveil qui transgresserait autant l’inquiétude que la quiétude, figures dont la troisième dimension reste invisible : celle de la profondeur d’un monde flottant gai et grave, où se confrontent sans heurt une mémoire d’enfant et un regard adulte.
Plastiques fondus encore, comme un grain de terre noire ou ocre, pour des portraits aléatoires. Parfois, la pureté d’une esquisse de la Renaissance, d’une figure voilée pompéienne… Mais aussi, visages fantomatiques des encres de Michaux sous mescaline, ébauches d’un regard, d’un sourire, l’effroi ou la sérénité dans un visage sans contours… Les faces multiples de femmes et d’hommes croisés peut-être en rêve, dont on ne sait rien et qui reviennent par bribes, de l’oubli.
La tribu noire est venue de loin, d’avant le temps ou d’outre temps, trois grands, plus hauts que nous, et six petits. Longs corps souples, sans pied, sans bras, surmontés du resserrement d’un cou, l’ébauche d’une tête sans crâne, comme un calice. Corps animés de mouvements contraires, éponges humaines que des vents ou des courants inclineraient de ça, de là. Au sol, trois choses en attente de forme ou qui se sont rétractées un moment dans la forme originelle, graine, fœtus, amibe, ectoplasme.
Corps alvéolés comme un grillage qui enserre le vide et saisit visuellement, dans ce vide intérieur, le dehors, les passants, la lumière, les choses …
Et pourtant, sans aucun doute possible, corps habités d’humanité, rivés au sol et la tête cherchant le ciel. Ascendance des vies, cela aussi comme une certitude, cette volonté d’avancer, de grandir, de se gorger de tout ce qui vit, qui entoure et qu’absorbent les alvéoles de feutre, soudées une à une, patiemment, obstinément comme les mots accolés racontant avec amour notre histoire incertaine.

Geneviève Brun - Exposition au Vieux Moulin – Millau/Juin 2010

 


 

 portrait-nvPortrait par Clarisse Bioud - Magic Patch
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Les étranges personnages de Nadine Vergues à "L'aiguille en fête" 2014
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Nadine Vergues, sa vie est un magnificat
Elle a dit oui à un coteau pelé en lisière des Grands Causses, elle en a fait un lieu d’accueil, un lieu d’espoir, un lieu de vie, un petit paradis.
Elle a dit oui à une vieille bergerie oubliée des hommes, oubliée des ans, battue par les vents, elle en a fait son atelier immense et lumineux; Ici le temps et les valeurs s’inversent. Quand, pressé, bouleversé, stressé, vous le traversez, vous retrouvez l’âme paisible et posée des vieux bergers qui savent goûter l’instant, accepter l’éphémère des saisons, savourer le fruit de la moisson.
A contrario, quand elle y reçoit, comme des invités choisis, quelques matériaux laissés de côté par nos industries d’aujourd’hui, des morceaux mis au rebut parce que trop petits, mal protégés ou tout simplement oubliés au fond d’un hangar, elle les entoure de beaux objets du passé, témoins de l’ingéniosité, de la beauté, de la bonté de ceux qui nous ont précédés. Puis elle y pose son regard. Son regard qui dit oui. Oui à l’accueil, oui à l’espoir, oui à la vie. Et c’est un futur impensable et magnifique qu’elle offre à la matière rejetée, si celle-ci lui fait confiance, dans ce mouvement à la fois spirituel et matériel, physique et intellectuel, fulgurant et patient qu’est l’œuvre de création par laquelle, humblement, dans un repli du temps enfoui au cœur du quotidien, elle transfigure !
Oui, elle transfigure, à la fois créature et créateur, elle transfigure textiles et métaux, rejets de feutres et fin de rouleaux. Après parfois de longs et beaux dessins préparatoires, armée de fers à souder, de machines à poinçonner, à découper, à transpercer, à chauffer, elle détaille, elle entaille, elle détoure, elle entoure, elle assemble, elle rassemble, elle coud, elle en découd et elle recoud, elle soude, elle fond, et sous les coups de ses coudes les miracles se font… Métamorphes inclassables, incassables et délicats, tableaux sculptés dans la matière, assemblages de formes qui se souviennent de l’humanité de leur créatrice, foule de visages sans masques dont le regard, intense et intérieur, nous respecte et nous dit « choisis ! ». Choisis ton coteau, choisis ta bergerie, choisis ton espoir, choisis ta vie. Et si tu m’y accueille, je serai l’invité, celui qui nous réjouit, celui qui dit Merci. Alors, si une œuvre de Nadine Vergues pose son regard sur vous, dites-lui, de tout l’amour de l’être qui en vous est touché, dites-lui « Oui » !
Laetitia Crahay, Ze Art Galerie.

 


 

Dans l'atelier
Dans l'atelier, un chemin, une façon d'organiser l'univers en plusieurs galaxies qui se côtoient, s'interrogent, se taquinent et puis, dans un parchemin de feutre noir roulé contre lui-même, s'éveille un petit monde, façonné
par Nadine Vergues, ni docile, ni égaré, égrainé dans un temps hors d'âge.
Silhouettes métamorphiques, visages suspendus surveillants les ailleurs, bonnes bouilles en accroche-coeur. C'est qu'il y a foule !
Comme sortis du caillou, ils ont tissé leur toile de velours entre ses mains, et leur peau de lichen caresse la peur des jours sans soleil.
Incisifs ou débonnaires, inquiétants ou au regard tendre, leur fratrie réconforte et leur altérité invite la singularité de chacun. Oui ces êtres de textile s'impriment dans la ronde des humeurs de leur génitrice qui compose, détourne, envole, pouponne tour à tour ses nymphes dans la ruche.
Ils sont là, tête de côté, penseurs, témoins, rêveurs, à observer la fluctuation de l'air et ses couleurs.
Ils sondent à s'y méprendre l'oeil du spectateur...
La visite dans l'atelier de Nadine est un voyage intérieur.
C'est aussi la découverte d'un peuple harmonique en pleine expansion.
Roxanne WILHELM - 11 novembre 2013

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